Où en est la Laïcité dans les hôpitaux publics ?

vendredi 1er mars 2013
par  Impertinent

Des remises en cause.

Comme nos lecteurs le savent, au cours du temps, les tentatives de remise en cause de la laïcité n’ont pas épargnés les établissements hospitaliers publics.

Comme il est écrit fort justement dans La Raison (N° 569) : "ils violent la loi de 1905. Car si elle autorise que dans certaines circonstances (prison, hôpital, internat...) les citoyens puissent avoir recours à un aumônier, elle n’a jamais dit de les salarier. Elle dit même le contraire … ils n’ont pas attendu la circulaire de Guéant pour le faire".

De réelles garanties laïques.

Pour autant, dans la liste des circulaires antérieures à la circulaire Guéant, et non abrogées par elle, il subsiste plus que des éléments de défense de la laïcité. Pour faire court, on peut les résumer en quelques points :

1 - Pour les agents publics :

-  Devoir de stricte neutralité.

-  Manifester ses convictions religieuses constitue un manquement

2 - Pour les patients :

-  égalité devant le service public,

-  droit d’exprimer leurs convictions religieuses et suivre les préceptes de leurs religions,

-  droit de participer à l’exercice de leur culte et recevoir la visite du ministre du culte de leurs choix, sur demande de leur part

-  respect de la neutralité du service public

3 - Pour tous (y compris les aumôniers) :

- Tout prosélytisme est interdit

Des dispositions d’une extrême gravité.

S’il est donc vrai que la circulaire DGOS/RH4/2011/356 publiée par Claude Guéant n’est pas la première attaque antilaïque, il reste qu’elle contient des dispositions d’une extrême gravité qui visent à faire basculer les hôpitaux publics dans une forme d’organisation des soins fondée sur le communautarisme religieux.

Qu’on en juge :

"Les demandes d’accompagnement ou de soutien des personnes hospitalisées, de leurs familles et de leurs proches doivent être prises en compte dans le respect de leur communauté d’appartenance " … Les patients, ainsi définis, ne sont plus des citoyens, des individus en souffrance mais les membres de communautés différentes auxquelles ils appartiendraient (qu’ils le veuillent ou non d’ailleurs).

"L’aumônier apporte son concours à l’équipe soignante... sa présence, par la dimension éthique qu’elle porte, est enrichissante pour tous. L’aumônier éclaire le cas échéant l’équipe médicale et soignante... " … Les préjugés et les dogmes des prêtres, un éclairage pour les équipes soignantes ? Nous connaissons leur dimension éthique : "en aucun cas le recours à l’avortement n’est justifié ".

Pour l’abrogation de la circulaire Guéant.

Comment les militants du droit à l’IVG, les partisans du droit à la mort douce, les défenseurs de la laïcité, les humanistes pourraient-il rester sans réagir ?

Comment les syndicalistes hospitaliers et de la Santé, doublement attachés aux droits des personnels hospitaliers comme aux conditions de soins pour les patients pourraient-ils accepter ?

De même, pour les scientifiques, enseignants et chercheurs, ceux qui se sont prononcés contre les lois dites "de bioéthiques", contre l’intrusion spiritualiste en matière scientifique.

De même, pour les professionnels de la santé, les médecins, les infirmières, les aides soignantes, ceux qui ne sauraient accepter de traiter les patients selon "leur communauté d’appartenance ".

Depuis la publication de cette honteuse circulaire cléricale et communautariste, les élections ont eu lieu, les cartes ont été rebattues. Les élus de la nouvelle majorité, les ministres de ce gouvernement eux-mêmes, ont fait campagne en mettant au centre la dénonciation de la politique néfaste de Sarkozy et de son "âme damnée ", Claude Guéant.

Comment pourraient-ils décider de ne pas abroger cette circulaire ?

La Libre pensée propose donc d’agir pour l’abrogation de la circulaire DGOS/RH4/2011/356 du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Santé et la non-prise en considération de la "Charte nationale des aumôneries relevant de la Fonction Publique Hospitalière" qui l’accompagne.

Signons et faisons circuler la pétition ci-jointe. Nous organiserons à l’automne une conférence publique pour obtenir cette abrogation.

Henri Huille