12 diplômes universitaires « laïcité »

L’opération communautariste de Valls entre à l’Université
vendredi 13 janvier 2017
par  Maitte

En février 2017, l’université de Lorraine sera l’une des douze universités en France à proposer un drôle de « diplôme » : le diplôme universitaire « Religion, laïcité et inclusion sociale ». L’objectif : « Fournir des outils en vue de faciliter la gestion des personnels et des institutions culturelles et de préparer les aumôniers à l’exercice de leurs fonctions ». On ne voit pas bien le rapport entre la laïcité et l’aide à la fonction d’aumônier. Normal : l’objectif de ces formations n’est pas d’enseigner le Droit.

Ces « formations », qui ont vu le jour dans les cinq dernières années, ne tombent pas du ciel : c’est Manuel Valls qui en a organisé la création, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la laïcité, ni avec la volonté de répondre à une quelconque demande des étudiants ou des universités, mais qui a tout à voir avec le projet fondamental, plus vaste, de l’ancien Premier ministre, aujourd’hui candidat à la Présidentielle : organiser une petit révolution communautaire et préparer des affrontements sur ce terrain.

Le rapport Messmer : développer les DU « laïcité »

Commençons par un petit rappel : les fameux « Diplômes Universitaires » ne sont pas des diplômes. Ce sont des formations créées sur mesure pour répondre à un besoin ponctuel. Ils portent le sceau de l’université, sont parfois un plus sur un CV, mais n’ont rien à voir avec le cycle actuel « licence master doctorat » (3/5/8) initié par la réforme LMD. Par contre, les frais d’inscription eux n’ont rien de formel : à titre d’exemple, le diplôme universitaire « religion et athéisme en contexte laïque » au Mans coute 680 euros pour un étudiant, 3 150 pour un stagiaire en reprises d’études. On est loin des 250 euros pour une licence ou un master. Une manière de remplumer les comptes des universités par ces temps de vaches maigres.

Si les premiers de ces diplômes ont été créés par des organismes religieux tel que l’Institut Catholique de Paris ou en partenariat public-privé comme à Lyon (cohabitation université de Lyon 3 / Université catholique de Lyon), le nombre s’est largement accru après que le rapport Messner, commandé conjointement par Géneviève Fioraso, alors ministre de l’Enseignement supérieur, et par Manuel Valls Premier ministre de l’époque, ait proposé de les généraliser. Dans la lettre de cadrage du rapport, signée par Manuel Valls, après avoir indiqué noir sur blanc que les « formations » dispensées par les institutions catholiques étaient « une première étape » « méritant aujourd’hui d’être prolongées », ce rapport était demandé explicitement pour proposer la généralisation de ces formations, mais au sein des universités publiques cette fois.

Le rapport, intitulé « formation des cadres religieux musulmans » [1], a donc logiquement proposé ce pour quoi il avait été commandé : l’extension de ces formations qui avaient dès lors fonction de « proposer une approche universitaire du fait religieux ». Même dans les mots, on est loin de la laïcité.

Laïcité ou communautarisme ?

On peut être déjà frappé d’une chose : la demande de généralisation de formations sur la laïcité est formalisée dans un rapport qui pose le problème de la formation des Imams. Ainsi, cela s’inscrit dans un objectif : stigmatiser les musulmans. Le Figaro titrera en mars 2013 suite à une : « Formation des imams à la laïcité : Valls à l’université de Strasbourg » pour « mieux « insérer » les imams étrangers dans la société française et la République ». Accoler les termes « Imams » et « étrangers » est le fait du Figaro, mais ceci ne détonne pas beaucoup dans la soupe communautariste ambiante.

Dans toutes les déclarations de Manuel Valls, il est clairement exprimé le fait que les Imams et les musulmans ne respecteraient pas la laïcité. De très nombreuses visites du Ministre dans les universités avaient comme but de faire la promotion de ces « diplômes ». A chaque fois, on nous ressert le problème des musulmans à qui il faudrait expliquer la laïcité. Problème : à aucun moment Manuel Valls n’a indiqué où était vraiment le problème. C’est pour une raison simple : il voit une atteinte à la laïcité là où il n’y en a pas… et inversement !

En effet, lorsqu’une polémique a éclaté à l’université au sujet du port du voile par certaines étudiantes, Manuel Valls est vite monté au front : « il faudrait l’interdire » indique-t-il dans une tribune dans Libération en avril 2016. Au nom de la laïcité ? Mais les étudiants sont des majeurs, usagers du service public. Qu’ils s’habillent en voile ou en minijupe n’est qu’une affaire privée. A nouveau, quand enfle la polémique sur le burkini, rebelote : Manuel Valls apporte tout son soutien en été 2016 aux Maires ayant décidé de prendre des arrêts anti-burkini.

Par contre, le même ne verra aucun problème à ce que 8.5 milliards soient versés à l’enseignement privé à 97% catholique, pendant que l’Ecole publique craque de toutes parts par manque de moyen. Il faut bien braquer les projecteurs sur les tenues vestimentaires dans le domaine public pour couvrir cette forfaiture destructrice d’un pilier des institutions laïques en France. Pas de problème non plus avec le concordat d’Alsace-Moselle (les Imams n’en bénéficient pas, au passage). Sur les crèches catholiques dans les mairies, pareil : silence radio. C’est dans ce cadre d’ensemble que la pièce « DU Laïcité » vient s’insérer.

On apprend quoi dans les DU « laïcité » ?

On y apprend l’inverse de la laïcité justement ! On comprend mieux leur place et leur philosophie d’ensemble en lisant les lettres de recommandation des préfectures en direction des universités. Ainsi, dans un département, le Préfet a proposé aux universités de créer un de ces diplômes pour « connaitre la laïcité en mouvement ». Tiens, la laïcité bouge. Vers quoi ? Pour le savoir, le Préfet proposait se mettre en contact les universités avec la doyenne de la faculté libre d’études politiques, Isabelle Ullern, chargée de piloter la création des DU.

Le Préfet explique : la France connait plusieurs régimes en matière de laïcité : la métropole et l’Alsace Moselle sont deux « régimes laïques ». La lettre ne dit pas quel est le régime le plus allégé dans le domaine. Les différents régimes laïques (dont le concordat) sont, toujours selon la lettre du Préfet, source de « richesse ». En Alsace-Moselle, il est vrai que le régime permet l’enrichissement religieux sur les fonds publics. Mais dire que c’est une source de richesse, c’est sous-entendre que les entailles au principe de laïcité sont une bonne chose. C’est donc un diplôme sur la laïcité qui fleure bon le rejet de celle-ci.

Enfin, un peu partout, les religieux sont invités à venir expliquer leur religion. C’est ainsi qu’à Montpellier, on peut lire dans le Midi libre d’octobre 2014 [2] : « Imam, prêtre, représentants de la communauté juive et du bouddhisme interviennent dans un diplôme de la fac de droit de Montpellier... Farid Darrouf, imam de la mosquée de la Paillade à Montpellier, lance le thème du jour : « Le statut de la femme dans l’Islam. » Quel est le rapport avec la laïcité ? La laïcité, ce n’est pas la pression sur les religions pour qu’elles montrent on ne sait quelle vertu. Ce n’est pas l’exigence (tout à fait vaine) de demander à telle religion (au hasard, la religion musulmane) de tenter de montrer qu’elle respecte les femmes ou qu’elle ne porte pas en elle la violence ou le prosélytisme. Au passage, on pourrait se demander pourquoi c’est toujours la religion musulmane à qui l’on en demande tant au final, car à chaque fois, c’est d’elle qu’il s’agit. Mais passons.

La laïcité, ce n’est pas le dialogue avec toutes les religions pour qu’elles nous montrent le visage qu’on attend d’elles. La laïcité, c’est : toutes les religions chez elles, donc pas dans les institutions de la République (pas de crèche chrétienne par exemple). Inversement : pas d’investissement de la République dans les institutions religieuses. Chacun chez soi. Relevons que c’est à Strasbourg que Manuel Valls a fait ses annonces pour « un Islam de France » en mars 2015. Dans les mains de celui-ci, la laïcité est uniquement une manière de faire culpabiliser une religion, tout en faisant vanter les mérites d’un assouplissement de la laïcité quand il s’agit du concordat.

Plus fort encore, si l’on peut dire, le DU de Strasbourg qui se vante de « bénéficier de la reconnaissance du Ministère de l’intérieur » dans sa présentation, explique tranquillement que le but de la formation est de : « présenter, outre le cadre juridique national… les outils du droit local organisant les relations entre les cultes reconnus et l’Etat, ainsi que les grands systèmes européens de reconnaissance des cultes. » [3]Donc le DU sur la laïcité est fait pour… apprendre à gérer le droit local : le concordat ! Après s’être frotté les yeux, on se demande encore une fois pourquoi ce sont les musulmans qui doivent se former dans ces DU, si celui de Strasbourg permet d’apprendre à bien gérer le concordat … dont ils sont exclus !

Au passage : l’Eglise place ses pions dans les universités !

Autre objectif, et non des moindres : permettre à l’Eglise de reprendre pied dans les universités d’où elle avait été chassée. Le Vatican s’en préoccupe au plus haut point : « il est nécessaire que toute la communauté chrétienne prenne conscience de sa responsabilité pastorale et missionnaire vis-à-vis du milieu universitaire » indique un texte de la hiérarchie catholique de 1994 sur l’évangélisation des universités [4]. Cet écrit, rappelant que l’Eglise est « Dépositaire de la Vérité révélée sur Dieu et sur l’homme par le Christ », propose une série d’une dizaine de mesures détaillées parmi lesquelles « un travail pastoral orienté vers les recteurs d’Universités et les professeurs de Facultés, dont le milieu est souvent dominé par des préoccupations technico-professionnelles ».

En effet, les récentes réorganisations imposées par Geneviève Fioraso ont permis de voir émerger des COMUEs (communauté d’universités), institutions chargées de piloter certaines compétences universitaires dans lesquelles ont pu rentrer des institutions qui avaient le titre d’ « enseignement supérieur » sans pouvoir pour autant délivrer de diplôme. C’est la loi Fioraso qui a permis ce mécanisme ; et c’est fort logiquement que les universitaires ont pu apprendre qu’un prêtre et théologien de la « faculté théologique catholique » était devenu… Président de l’université de Strasbourg, le 13 décembre 2016 ! Rien ne l’empêche légalement. Mais c’est grâce aux regroupements d’universités, dénoncés par de nombreux syndicats5, que des entités étant auparavant dépourvues du titre d’université, sont maintenant associées à la gestion de la COMUE au même titre que les universités dépositaires de la collation des titres et des grades.

Manuel Valls, qui y était récemment en visite, n’a rien eu à dire. Un président d’université prêtre oui, un usager de ce même service public avec un voile, c’est non. Il y a sans doute chez l’ancien Premier ministre une part de méconnaissance et d’ignorance contrebalancée par l’autoritarisme de celui qui répète autoritairement ce que l’idéologie dominante de la période attend de lui. Mais pas seulement…

Voilà comment avance le projet d’affrontement communautaire destructeur de la laïcité et de la République. Un projet dangereux porté par des hommes dangereux ! Des « laïques » comme Manuel Valls, il y en décidément plein au Vatican.

Paris le 11 janvier 2017



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