« Il est fort possible que la prise en compte du bien commun demande des sacrifices à chacun ».

mardi 22 mai 2012
par  Impertinent

La conférence des évêques de France a publié un document intitulé :

« Élections : un vote pour quelle société ? »

Il s’agit d’un document en trois parties :

- Un vote pour quelle société ?

- Éléments de discernement

- Pour aller plus loin

JPEG - 61.7 ko Le vote ne peut être dicté par l’appartenance à une classe sociale ou la poursuite d’intérêts particuliers.

1°) Ce texte commence, comme c’est souvent le cas, par un analyse lucide de la situation : « une crise globale touche tous les pays occidentaux depuis plusieurs dizaines d’années (…) Les effets de la crise financière mondiale qui s’est accélérée en septembre 2008 sont loin d’être épuisés. »

Les évêques énumèrent trois facteurs de transformation qui, selon eux, méritent l’attention :

- le « formidable développement des techniques scientifiques » qui, en fait, contribuent à remettre en cause l’ignorance et les préjugés sur l’univers et la vie ; ignorance et préjugés qui sont le terreau des dogmes religieux.

- « la fin d’une certaine homogénéité culturelle de nos sociétés ». Lire : la fin de la domination écrasante de la religion catholique sur la conscience de la majorité des habitants de ce pays.

- « chacun revendique toujours plus ses droits sans beaucoup s’inquiéter de ses devoirs ». On connaît la chanson : pour que tout aille mieux plus tard, il faut renoncer à ses droits tout de suite.

Les évêques estiment que « ces transformations interrogent la conception que l’on se fait de l’homme, de sa dignité et de sa vocation. »

Voyons la réponse que les bons pères fournissent à cette interrogation.

Comme en passant, ils donnent leur conception de ce vote : il ne peut être « dicté par l’habitude, par l’appartenance à une classe sociale ou par la poursuite intérêts particuliers ». Bref, selon ces chefs religieux, le vote doit être dicté par le bien commun, c’est-à-dire par l’intérêt supérieur de la préservation de l’ordre (du désordre) établi.

Notre mode de vie ne pourra pas se maintenir perpétuellement.

Ils explicitent on ne peut plus clairement ce qui, pour eux, doit dicter le vote de l’ensemble des citoyens (et pas seulement celui des catholiques).

« Le mode de vie qui est le nôtre depuis quelques décennies ne pourra pas être celui de tous les pays du monde, ni même se maintenir perpétuellement tel quel chez nous.

Depuis longtemps, avec d’autres, les papes et les évêques appellent chacun à reconsidérer sa manière de vivre, à privilégier l’être plus que l’avoir (…) C’est la même invitation pressante à un changement de mode de vie. »

Faut-il commenter ? Soulignons toutefois que cette conception exprimée par la Conférence des évêques de France est donc celle de l’Église catholique en tant que telle. Ce qui est limpide pour qui sait lire : « le mode de vie qui est le nôtre », (c’est-à-dire les conquêtes sociales, l’instruction et les libertés démocratiques) n’est qu’une anomalie de l’Histoire qu’il faut corriger pour en revenir au plus vite à l’ordre naturel voulu par Dieu : exploitation sans frein, misère, ignorance … La vie à l’ombre des clochers.

L’horizon qui nous est offert : « privilégier l’être plus que l’avoir », choisir d’être des pauvres méritants.

Parfois on entend des discours sur la Décroissance et on se demande « où vont-ils chercher tout ça ? » Maintenant on le sait.

2°) La section des « éléments de discernement » comprend plusieurs parties.

Contre l’IVG1, l’ITG2, la contraception et le droit de mourir dans la dignité.

Vie naissante : « l’avortement ne peut en aucun cas être présenté comme une solution pour les mères en difficulté ». Ils persistent et signent : en aucun cas. (Notons toutefois que ceci met en pièces une légende entretenue selon laquelle, en la matière, il y aurait un méchant pape et une gentille Église qui serait plus compréhensive, plus de gauche quoi.)

Éducation : « une éducation juste implique : (…) des enseignements respectueux de la dignité et de la beauté de la vie humaine. » Belote !

Handicap : « … Mais le dépistage prénatal systématique qui risque de déboucher sur l’élimination des personnes porteuses de certains handicaps remet en cause en son fondement même la solidarité envers le plus faible qui doit animer la société » Rebelote ! (Notons également que l’embryon est défini ici comme une personne).

Fin de vie : « l’euthanasie est une fausse solution au drame de la souffrance, une solution indigne de l’homme. Car elle vise, sous prétexte de compassion, à abandonner les personnes au moment où elles ont le plus besoin d’aide et d’accompagnement » Et dix de der !

Économie et justice : « l’État doit encourager et faciliter les citoyens à s’engager financièrement et personnellement dans des associations de tous ordres qui renforcent le tissu social ». En clair : sur la base de la destruction des services publics et au détriment des droits sociaux, l’État doit favoriser les associations charitables rabaissant ainsi les citoyens et les salariés au rang d’assistés.

Séparation ne signifie pas ignorance réciproque.

Patrimoine et culture : « la culture ne coïncide pas avec la production culturelle (…) Elle permet à chaque personne d’inscrire sa destinée dans la communauté humaine (…) Que les pouvoirs publics assemblent les conditions pour que les jeunes générations profitent de ce que nous lègue le passé pour se projeter dans l’avenir. » N’oublions pas la France fille aînée de l’Église et les racines chrétiennes de l’Europe.

Europe : « le projet européen… il représente un magnifique effort pour assumer l’histoire d’un continent en termes de pardon et de promesses (…) le marché unique est un beau projet dans la mesure où il est sous-tendu par une vision spirituelle de l’homme. » Nous voyons tous les jours « la Sainte Trinité » à l’œuvre : le FMI3, la BCE4, la Commission européenne.

Laïcité et vie en société : « Séparation ne signifie pas ignorance réciproque ; nombreux sont les lieux et les occasions de rencontres de dialogue, tant au plan local que national. » On croirait du Guéant, et pour cause. Ils dictent et il écrit. Cf. ses circulaires sur les conférences des libertés religieuses, sur les aumôneries, etc.

« … L’intolérance à l’égard de l’Église catholique (et des religions en général) ne constituait pas que des vestiges du passé. Les catholiques n’entendent pas être des citoyens interdits de parole dans la société démocratique. » Décidément, les évêques ne manquent pas d’air. Les manifestations de paroissiens se multiplient contre les expositions, les films, les pièces de théâtre… On n’a pas vu, et c’est heureux, une seule manifestation devant une église.

La prise en compte du bien commun demande des sacrifices à chacun.

La section « Pour aller plus loin » se conclut par des références bibliographiques qui vont de Vatican II à « Grandir dans la crise » (documents d’Église-mars 2011).

Deux passages en retiennent particulièrement l’attention : « le véritable développement humain suppose des hommes droits, des acteurs économiques et des hommes politiques fortement interpellés dans leur conscience par le souci du bien commun. La compétence professionnelle et la cohérence morale sont nécessaires l’une et l’autre ! »

« … Il est fort possible que la prise en compte du bien commun demande des sacrifices à chacun. »

Chacun aura donc compris que les évêques de France publient, quel que soit le résultat des élections, le cahier des charges des nouveaux élus : des hommes politiques prêts à imposer le bien commun, c’est-à-dire bien décidés à imposer des sacrifices à la population.

Henri Huille

1 - Interruption volontaire de grossesse

2 - Interruption thérapeutique de grossesse

3 - Fond monétaire international

4 - Banque centrale européenne


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