Vers une commémoration à Marseille de Victor HUGO républicain

jeudi 22 mars 2012
par  ALPMR

Comme de nombreuses communes, Marseille conserve diverses traces visibles évoquant le souvenir de Victor HUGO. Sculptures d’hommages au faîte de portes d’immeubles, attribution de son nom à la place jouxtant l’université ainsi qu’à un lycée public, sans oublier les traces vivantes que fut, à la fin du 19ème siècle, la dénomination d’un club républicain, comme l’est aujourd’hui l’appellation "Quatre-vingt-Treize", choisie par un groupe de la Libre Pensée.

À l’occasion des journées du patrimoine 2007, Laurent NOEL, docteur en histoire de l’art, spécialiste de la sculpture marseillaise des XIXème et XXème siècle, présentait ainsi la signification de la sculpture installée rue Sainte Barbe :

JPEG - 98 ko "On peut s’étonner de l’apparition de Victor Hugo (1802-1885) sur une façade marseillaise, bien qu’il n’ait aucun lien particulier avec la cité phocéenne. La raison est sans doute que la mort du grand homme coïncida avec la construction du quartier Colbert où s’insère le petit immeuble du charron François Giroud. Mais, par delà l’admiration du personnage, le portrait semble véhiculer une opinion politique.

En effet, le décor modeste ornant la clé de l’arc de la porte d’entrée, ne rend pas hommage au seul poète : aucun attribut littéraire (plumes, livres, etc) n’accompagne son buste en hermès. Représenté âgé et nommément identifié, l’effigie laurée (symbole de victoire et de gloire) de Victor Hugo se détache sur un cuir enroulé terminé par des feuilles de chêne (symbole de force) ; de part et d’autre des palmes se déploient sur l’arc de la porte, celles d’un martyr de la République plutôt que des palmes académiques.

Souvenons-nous alors que Victor Hugo, Pair de France sous Louis-Philippe et député en 1848, fuit la France au lendemain du coup d’état du 2 décembre 1851 et entame sa croisade pamphlétaire contre Napoléon III… Il ne revient à Paris qu’à la chute du régime, en 1870, auréolé d’une grande gloire qui se mue en une immense émotion à l’annonce de sa mort, le 22 mai 1885. La chambre et le sénat votent aussitôt, à la quasi unanimité, des obsèques nationales : exposé sous l’Arc de Triomphe, son corps est veillé par le peuple, puis accompagné jusqu’au Panthéon au rythme des "Vive Hugo". C’est donc un exemple de cette ferveur populaire et républicaine que l’on retrouve sur cette clé de porte…"

On ne peut douter que les marques publiques pérennisant le souvenir de Victor Hugo aient une autre signification.

Le 14 février 1902, c’est à l’unanimité que le conseil municipal de Marseille avec son maire Socialiste Siméon Flaissières (il est, par ailleurs président de la Libre Pensée) décide que le nom de Victor Hugo sera donné à un espace de l’ancien cimetière St Charles "qui sera à un moment donné un centre intellectuel important". La délibération du Conseil ne s’embarrasse pas de considérants argumentés ; il est estimé que la lettre adressée (rédigée en provençal) par le félibre Pascal Cros "a un caractère d’actualité qui nous dispense de faire passer cette proposition par une commission spéciale". (Précisons que Pascal Cros s’est rendu célèbre en cette année 1902 avec un pamphlet antireligieux et anticlérical particulièrement violent "La MESSO" publié avec la caution de son ami Clovis Hugues).

Le Lycée Victor HUGO est né en 1983, de la fusion entre l’ancienne école primaire de jeunes filles Edgar Quinet (1912) et l’ancienne école supérieure de garçons Victor Hugo. La décision d’appellation du lycée remonte donc en fait à l’année 1906. On peut difficilement imaginer que cette décision prise en 1906 de dénommer "Victor Hugo" l’école primaire supérieure ne puisse avoir elle aussi la signification d’honorer l’action républicaine et laïque de Victor Hugo.

À un moment où la République laïque est battue en brèche par les sommets de l’État, où se poursuit la lente mise à mort de l’instruction publique, n’est-il pas nécessaire que soit rappelé et popularisé le combat du mouvement démocratique et ouvrier qui permit notamment, il y a plus d’un siècle, un réel essor de cette nécessité vitale ?

Rappeler dans une conférence - débat les combats qu’exprima Victor Hugo pour la laïcité, contre le bonapartisme, pour la République, est assurément un moyen de commémorer positivement ces traces qui, à Marseille, nous incitent à nous souvenir de ces combats dans lesquels, avec beaucoup d’autres, s’engagea Victor Hugo.

Jean-Pierre BIOUL (ALPMR-13)


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