Un procès pour 20 ans d’agressions sexuelles quasi quotidiennes

mardi 22 mai 2012
par  Impertinent

Le"frère consacré", Pierre-Étienne Albert (60 ans) est reconnu coupable de 38 agressions sexuelles aggravées, condamné à 5 ans de prison et écroué. Quand il est poussé par des membres de la confrérie à confesser ses fautes, il produit la liste de 57 noms d"enfants dont il aurait abusé par attouchements, caresses et baisers, alors qu"il était chantre de la communauté. Il comparait au tribunal correctionnel pour des faits d"agressions sexuelles, entre 1983 et 2000, sur 38 garçons et filles de 5 à 14 ans sur les 57, certains faits étant prescrits et d’autres non établis. Le magistrat réclame le maximum de la peine encourue, soit 10 ans de prison,"3 mois pour chacune de vos victimes", la privation des droits civiques pendant 10 ans, un suivi socio-judiciaire pendant 15 ans, une obligation de soins et l"interdiction d"exercer toute activité en contact avec des enfants, l"obligation d"indemniser ses victimes et 2 ans de détention si ces obligations ne sont pas respectées. La circonstance aggravante de l"autorité que le prévenu avait sur ses victimes a été reconnue empêchant toute prescription, au contraire de ce qui avait été décidé lors de la première instruction (2004), suite à un signalement de l"aide sociale à l"enfance concernant S E, une de ses victimes. P-É Albert était au centre de la communauté des Béatitudes, il était l"intouchable, la Star et avec ses habits de religieux, il inspirait confiance aux enfants et à leurs parents".

La Communauté des Béatitudes (reconnue par l"Église Catholique) est une Secte.

SE (enfant agressé devenue adulte et partie civile) avait 5 ans lorsque ses parents ont reçu la foi (1985), alors que sa mère se dit guérie par l"intervention d’un moine exorciste". La famille, athée au départ, devient farouchement catholique, se nourrit de messes et de catéchismes, transfère les enfants dans une école privée et s’installe à l’Abbaye-Blanche de Mortain (Manche) organisant le grand départ pour une nouvelle existence de soumission au Seigneur après avoir cédé tous ses biens et coupés tous les liens. Quelques mois plus tard, un "frère"entre le soir dans la chambre de S E et lui fait subir des attouchements. Trop absorbés par leur quête spirituelle, les parents ne voient pas ce responsable de la Communauté s’introduire chaque soir dans la chambre de la fillette. Lorsqu’elle se plaint des agissements du religieux, ils l"accusent de mentir et l’éloignent du domicile familial par crainte du scandale. Ce frère recommencera pendant six mois et lui expliquera qu’il n’y a "aucun mal à partager de l"affection au nom de notre amour pour Dieu ". Le fonctionnement sectaire de la Communauté favorise ces actes et installe le silence et la honte qui étouffent la famille et rendent les parents complices. Appelés à travailler bénévolement quinze heures par jour, ils ne voient quasiment plus leurs enfants. En dehors de la classe, S E et ses trois sœurs (13, 6 ans & 18 mois) sont confiées à la garderie de la Communauté, un lieu où les enfants traînent sans qu’on ne leur propose des activités et S E voit sa plus petite sœur sombrer, assise seule dans un coin toute la journée, murée dans le silence. Le soir, les parents couchent les enfants et repartent servir. L’autorité parentale est déléguée au chef du lieu à qui appartiennent toutes les décisions, les enfants deviennent les enfants de la Communauté à qui on répète que le monde extérieur est dangereux alors qu’au sein de la Communauté il ne peut rien leur arriver de mal. Sa mère avait alerté les autorités communautaires sur l’attitude trop proche du P-É Albert, en vain, et le père reconnaît qu’il avait surveillé le frère sans pour autant agir ni admettre la réalité des agressions.

Les pieux mensonges de la défense

Lorsque les policiers le conduisent à la maison d’arrêt, P-É Albert s"effondre. Par contre son avocate présente son client, comme un "homme courageux, un personnage plutôt exceptionnel, sincère dans ses demandes de pardon"(ce qui fait quitter la salle à plusieurs victimes en pleurs)."Reconnaissez son cheminement, il est en grande solitude et fait beaucoup d’efforts, ne lui reprochez pas d’avoir avoué ses actes ce qui serait un comble ! "Actuellement, il est angoissé, ému, perturbé, car il ne pensait pas que cette affaire aurait un tel retentissement, mais soulagé parce que, enfin, la justice des hommes va passer ". L’avocate demande une peine juste contre un homme à terre, dont la vie est déjà brisée et qui est devenue un enfer, qui a déjà été puni par ceux qu"il aimait le plus, ceux de sa communauté, qui l’ont banni à vie. Veut-elle aussi qu’on lui donne de l"empathie ? Qu’on l’aide ? Qu’on le plaigne ? Elle est sidérée de le voir partir directement en prison. Va-t’elle interjeter appel ? On rêve. Quand on l’entend parler de rédemption, de reconstruction, on a envie de lui dire : on s’en moque car il a traumatisé des centaines d"enfants dit le Procureur à propos de celui qu’il considère comme un handicapé du cœur, un lâche qui pleurniche avant les plaidoiries des parties civiles. Il n’est pas question de lui faire confiance car sa démarche de repentir n’est pas sincère, d’ailleurs n’a t-il pas avoué qu’il sait mentir et cela depuis son plus jeune âge ? Le seul point sur lequel se retrouvent la défense et l"accusation : le prévenu, face à ses "tourments", a été abandonné par les responsables de la Communauté qui se sont contentés de l’éloigner, ceci n’enlevant évidemment pas sa responsabilité.

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Un exaspérant "tout à fait "

Lorsque les victimes de la partie civile, défilent à la barre du tribunal pour raconter les agressions qu’elles ont vécues lorsqu’elles étaient enfants, P-É Albert ne bronche pas, il reste tête baissée dans le box des prévenus. Ses seuls mouvements, c’est lorsqu’il se lève pour répondre aux questions, avec toujours les mêmes trois mots :"tout à fait ", qu’il répète comme un robot programmé. Lorsqu’on lui donne la parole, il parle uniquement de lui : "Mon attirance pour les enfants est très ancienne, j’avais des tentations quasi-permanentes, je me rendais compte que je ne pouvais pas m’en sortir tout seul, j’ai donc beaucoup appelé à l’aide, je ne dis pas ça pour me défausser, ma responsabilité est pleine et entière "

Qui faut-il juger avec lui ?

Il y a le scandale de l"institution judiciaire qui a failli en 2004, et celui du silence de la communauté, entreprise familiale en 1973 devenue sectaire et aujourd"hui tendant à la multinationale et aussi, bien évidemment, l’Église. C’est l’efficacité de l’instruction judiciaire qui oblige la hiérarchie catholique à réagir et qui contraint le Vatican à sommer certains cadres de la secte à quitter la Communauté et à nommer un commissaire pontifical pour refonder les statuts. Ce dernier admet l"existence de dérives sectaires auxquelles il serait en train de remédier. Les responsables, au courant des agissements pédophiles du "frère" et inquiétés en 2001, bénéficient de la prescription. Ils sont cités comme simples témoins, tout comme un évêque prévenu par les parents d’une victime en 2000. En 1995, une de ses victimes fait une tentative de suicide, le fondateur de la Communauté, G Croissant, convoque le frère et lui fait la leçon. "Mais sans me proposer aucun moyen d"en sortir et en me laissant libre de mes mouvements", écrit P-É Albert en août 2007 à un haut responsable du Vatican. Ce courrier qui n’entraîne pas de réponses précises, dénonce l’ensemble des couvertures dont il a bénéficié et montre le silence de l’Église. Ce procès aurait aussi pu être celui de la Communauté qui savait et n’a rien dit craignant qu’il accuse tout le monde s’il se rendait à la police. Les responsables de la Communauté esquivent dont G Croissant qui dira :"Il m’a parlé d"une approche sexuelle, mais pas du geste, j’ai demandé qu’il soit sous le regard d"un adulte mais je n’ai pas alerté la justice car je ne voulais pas jeter le discrédit ". Il est poursuivi dans une autre affaire pour des comportements inappropriés. "Vous aviez fait vœu de chasteté vous aussi ? "demande le Président :"Oui, bah ! ". M. Gauthier, ancienne membre des Béatitudes qui a poussé le "frère"à se dénoncer précise que "pendant onze ans nous avons accompagné ce pédophile et empêché de sévir, pourtant, personne de l’Église Catholique n’est venu nous voir à ce jour ", il faut dire que l’Église ouvrait les bras à cette communauté si douée pour recruter des fonds et des fidèles et avait intérêt à la laisser s"épanouir.

On ne peut empêcher les 57 victimes, bien réelles, de compter : [(365X5):57]=32 jours par victime, et peut être de conclure (s’ils sont restés catholiques ce qu"on ne leur souhaite pas) que, dans cette affaire, Dieu est au côté de P-É Albert et pas à leur côté.

Michel Bonnon


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