Communication Libre Pensée 11 novembre 2020

La situation sanitaire a rendu aléatoires les actions ou rassemblements pacifistes organisés depuis des dizaines d’années à l’initiative des Groupements de la Libre Pensée. Les Groupes de la Libre Pensée des Bouches-du-Rhône n’y ont pas échappé (voir les initiatives prévues sur le site LP13).

Projection du film de Bertrand Tavernier « La vie et rien d’autre. »

Autour du 11 novembre

C’est la raison pour laquelle la Fédération nationale a réalisé cette vidéo afin que chacun puisse entendre le discours que la Fédération nationale avait l’intention de prononcer lors de ces rassemblements.

Discours du 11 novembre 2020

Eduquer, c’est révolter (Fernand Pelloutier)

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Je vous apporte le salut fraternel de la Fédération nationale de la Libre Pensée et de la Fédération nationale laïque des Associations des Amis des Monuments pacifistes.

Comme chaque année, plus d’une centaine de rassemblements pacifistes se font autour du 11 novembre, notamment devant les monuments pacifistes. Nous avons voulu cette année y inviter à prendre la parole les associations amies qui œuvrent avec nous contre la mise en place du Service National Universel, nouvelle forme d’embrigadement militarisé de la jeunesse.

Le grand penseur anarchiste Rudolf Rocker disait il y a bien longtemps : le militarisme, « c’est l’élimination de la pensée et de la volonté personnelles, la transformation de l’homme en un robot mis en mouvement et dirigé de l’extérieur pour exécuter aveuglement les ordres, sans qu’il se sente responsable de ses propres actes. En un mot : le militarisme est la forme la plus vicieuse et la plus condamnable de la servilité élevée au rang de vertu nationale, qui méprise toutes les règles de la raison et se trouve dépourvue de la moindre dignité humaine. »

Ce gouvernement, comme tous les gouvernements, ferme des classes dans les établissements scolaires, supprime des postes d’enseignants et de personnels et n’offre comme seule perspective à la jeunesse que de s’engager dans l’armée et, pour préparer les esprits,  lui vante  les « mérites » du Service National Universel, nouveaux  pétainistes Chantiers de jeunesse pour saluer le drapeau et marcher au pas.

Il n’est donc pas étonnant que le Président de la République persiste dans son refus de réhabiliter collectivement les 639 Fusillés pour l’exemple de la Première guerre mondiale, car il considère « qu’ils ont failli à leurs devoirs ». Dans cette sale besogne, il est bien sûr accompagné par bien des gens qui sont toujours prêts à se battre jusqu’à la dernière goutte du sang des autres.

C’est ainsi que le très clérical Antoine Prost, auteur naguère d’un rapport sur cette question, concluait alors à la non-réhabilitation. Il proposait de mettre les Fusillés et leurs fusilleurs dans la même pièce au Musée des Invalides, bourreaux et victimes unis dans le drapeau tricolore des Versaillais, ce qui a été fait par François Hollande, reniant ses engagements de réhabilitation.

Rappelons qu’en 1917, au moment des mutineries, il y eut 450 condamnations à mort prononcées par les Conseils de guerre, 27 soldats furent fusillés, et 1 500 furent condamnés lourdement. Le sang des 639 Fusillés pour l’exemple coula dans les mêmes rigoles que celles des millions de morts dans les tranchées. Le sang unissait les victimes, l’injustice séparait les hommes.

Une nouvelle ignominie vient de se commettre, toujours par le très clérical Antoine Prost. Il vient de postfacer un ouvrage, pillant largement les travaux de la Libre Pensée et utilisant même la photo du Monument de Chauny que nous avons inauguré le 6 avril 2019 en hommage aux soldats et officiers tombés sous les balles françaises ; et tout cela sans jamais citer le nom même de la Libre Pensée. Il est des noms et des références qui dérangent vraiment, semble-t-il.

Celui-ci peut ainsi écrire « Réhabiliter tous les fusillés semblerait plus simple, mais parmi eux, outre les espions et les droits communs qu’on pourrait mettre à part, un certain nombre de condamnés l’ont été après plusieurs désertions ; ils ont été jugés une première fois, puis une deuxième, et ils ont été fusillés à leur troisième ou quatrième tentative. Difficile de dire qu’ils sont morts pour la France, tant que les mots ont un sens. Les réhabiliter serait affirmer qu’il n’existe pas de devoir de défense nationale. »

 Nul doute que Prost est un fervent soutien et un ardent soutier du SNU. Drapé dans le tricolore, jusqu’à la moëlle, il ne peut concevoir qu’on puisse être contre la guerre et « la défense de la Patrie » qui a toujours un goût de sang.

Il poursuit : « Collectivement, il faut réintégrer les fusillés dans la mémoire nationale comme des soldats ordinaires qui ont eu un moment de faiblesse compréhensible et excusable, et qui ne méritaient pas leur fin tragique. C’est ce qu’a fait, à la demande du Président de la République, le Musée de l’Armée, ce haut-lieu
symbolique. »

Haut lieu symbolique où les Fusillés cohabitent avec les fusilleurs

 Pour Antoine Prost, le clérical, toujours au service du pouvoir, il faut qu’ils soient quand même morts, un peu, POUR la France. Pour lui, c’est la seule mort qui vaille. Le manieur de goupillon  a encore frappé. Morts pour la France, Non, ils ne le voulaient pas. Alors ils furent morts PAR la France.

Il n’est pas étonnant que dans les sources bibliographiques de cet ouvrage, on retrouve le nom de Denis Rolland, qui est largement cité, celui qui plaide pour la réhabilitation… du général Robert Georges Nivelle, assassin du Chemin des Dames et « injustement » blâmé pour cet échec, selon lui ! Le même Denis Rolland qui osa protester dans les journaux contre l’inauguration du Monument de Chauny. On a les amis qu’on peut.

Si vous voulez en savoir plus sur tout cela, nous vous appelons à vous procurer le 6e Volume des Actes des Colloques de guerre de la Libre Pensée qui porte sur l’action du Député Paul Meunier, inlassable défenseur des soldats et des Fusillés, poursuivi par la haine de Clemenceau, le Premier flic de France.

Il est des choses bien curieuses en ce moment. Le souci d’union sacrée ne fait jamais défaut à certains. Il faudrait faire « bloc » derrière le gouvernement en toute occasion, contre la Covid 19 qui sert à justifier un « état d’exception sanitaire » contre les libertés, pour le redressement de l’économie, contre « le péril islamiste ».

Derrière le drapeau des Versaillais, on ne change pas les vieilles habitudes prises en 1871 contre la Commune de Paris, certains osent même faire une procession du « mur des Poilus », disent-ils, au Mur des Fédérés. Tout est mélangé, tout est mis sur le même plan et tous sont derrière Macron.

Il est bien curieux que des laudateurs présumés de l’Orient, qu’ils voient toujours grand, se transforment en antimusulmans primaires. C’est un peu comme si les partisans de l’Auvergne se mettaient à détester Vercingétorix et la viande de Salers !

Ce monde inquiet sent l’eau bénite. Diderot avait pourtant raison quand il disait : « Il est donc très important de ne pas prendre de la ciguë pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu ».

Et pourtant certains rêvent tout haut d’un retour à l’Occident chrétien pour déclencher de nouvelles croisades et de nouvelles guerres de religions. C’est ainsi que l’ennemi est désigné : « Le séparatisme islamiste ». De manière tout à fait jésuitique le ministre de l’Intérieur annonce : « Il faut faire attention à ce que d’autres religions ne soient pas les victimes des modifications souhaitées » pour l’Islam. » Et de rajouter dans le très catholique journal La Croix : « sur la laïcité, les catholiques nont rien à craindre ». Par contre, selon les propos même d’Emmanuel Macron, « il va y avoir une grande pression sur les musulmans ».

Et toutes ces ignominies racistes sont faites au nom de la laïcité ! Que de crimes ne commet-on pas en son nom en ce moment.

Il faut se taire, marcher au pas, faire « bloc » derrière Macron pour sauver le pays et l’économie libérale. C’est la rengaine de l’heure. On nous dit que des milliards vont être consacrés pour cela, mais qui les remboursera ?

Puisque nous sommes dans un rassemblement pacifiste autour des Fusillés pour l’exemple de 1914-1918, rappelons-nous un autre refrain : « C’est l’Allemagne qui paiera ». Sur les 11 400 millions de mark-or que l’Allemagne paya à la France, comme dettes de réparations jusqu’au 31 décembre 1921, seulement 2 800 furent consacrés à la reconstruction, 4 300 le furent pour l’armée et l’occupation militaire de la Ruhr et 4 300 tombèrent dans les poches des capitalistes.

Tout ressemblance avec aujourd’hui ne serait peut-être par purement fortuite. Les entreprises capitalistes empochent d‘un côté et licencient de l’autre.

Pour terminer ce discours, nous vous informons que les démarches sont en bonne voie pour que la proposition de loi portant réhabilitation des Fusillés pour l’exemple soit déposée prochainement à l’Assemblée nationale par plusieurs Groupes parlementaires. L’initiative a été ralentie du fait de la pandémie, mais elle reprend force et vigueur.

Voici son article unique :

Article unique

Sont réhabilités les militaires en service dans les armées françaises du 2 août 1914 au 11 novembre 1918 ayant été condamnés à mort pour désobéissance militaire ou mutilation volontaire par les Conseils de guerre spéciaux créés par le décret du 6 septembre 1914 ainsi que par les Conseils de guerre rétablis par la loi du 27 avril 1916, et dont la condamnation a été exécutée.
Les nom et prénom des intéressés sont inscrits sur les monuments aux morts.

Les présentes dispositions ne sont pas applicables aux militaires dont la situation a été révisée par la Cour de cassation, sur le fondement des lois d’amnistie des 29 avril 1921 et 3 janvier 1925, et par la Cour spéciale de justice militaire, instituée par la loi du 9 mars 1932.

Amis, Citoyens, Compagnons, Camarades,

Dès que la proposition de loi sera déposée, nous vous engageons à faire une démarche auprès des députés de votre département pour qu’ils la votent ou indiquent pourquoi ils refusent de rendre justice à ces victimes de guerre.

Nous en informerons largement la population.

Ni dieu, ni maître !
A bas la Calotte !
Et vive la Sociale !

Je vous remercie.